ou la vie quotidienne d'un chercheur à Tokyo

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La photo du mois

La photo du mois date d’il y a presque deux semaines maintenant. C’était le jour même où Google m’apprenait ironiquement que c’était le 115ème anniversaire de la découverte des rayons X…

Souriez !

Dimanche 7 novembre, j’avais un tournois de karate. Mon premier tournois. Alors forcement, un peu nerveux, un peu tendu. Et un peu à fond dedans aussi… Je me suis fait ça tous seul, comme un grand : ce n’est un coup que j’ai pris sur ma main droite, mais bien moi qui me suis double-fracturé en tapant dans les côtes d’un gars. Au moins il a eu mal, c’est déjà ça. Note pour plus tard : apprendre à donner des coups de poing…

Alors je vous sors la blague que je sors à tout le monde : « Oui… j’y suis pas allé de main morte ». Oh oh oh. Faut savoir qu’à l’origine, « karate » signifiait « main chinoise ». Dans son sens actuel (pour se débarrasser de toute origine chinoise de cette discipline et souligner que maintenant, c’est bel et bien japonais), « karate » signifie « main vide ». Je peux vous assurer qu’elle le restera un moment. Cinq semaines normalement, si tout va bien. Et encore j’ai de la chance, vu que je me suis également déplacé un os, je devais avoir le droit à une opération pour remettre tout ça en place, mais un scanner de la main a montré que c’était finalement moins grave que prévu. Au passage, bien foutu le scanner qui m’a fait une modélisation complète en 3D de l’ossature de ma main en quelques secondes. Ce sont pas des tocards, mes collègues qui travaillent en imagerie médicale !

Erratum

J’ai toujours des trucs à dire ; j’ai juste la flemme d’écrire en ce moment. Ça viendra. :-)

Mais ayant reçu plusieurs messages alarmés au sujet de mon nouveau financement, je tiens à faire une correction car visiblement je me suis bien mal exprimé. Plusieurs d’entre vous ont pensé que nous allions Mari et moi traverser une difficile période financièrement dû à cette réduction subite de salaire (par rapport à qui m’avait été promis). En fait, vous n’avez aucune inquiétude à avoir de ce côté : jamais je n’aurais été aussi bien payé, et en France on ne m’aurait jamais proposé un tel salaire. C’est juste qu’au lieu d’être très très bien payé, je vais « simplement » être  très bien payé. ^^

La précision étant faite, j’espère avoir la gniak pour écrire bientôt à nouveau. J’ai plein de choses à dire !

It’s time to kick ass and chew bubblegum

J’hésitais à titrer ce billet « La vie n’est pas linéaire », mais je trouvais ça moins percutant.

Laissez-moi vous conter ma vie trépidante en ce moment.

Vous vous rappelez que dans mon billet « Pour quelques yens de plus…« , je mentionnais un financement CNRS de deux ans très bien rémunéré ? Depuis maintenant une bonne semaine, je bataille avec l’administration du CNRS sur un différent concernant ma rémunération. Explications en deux mots (à peine).

Cette rémunération repose sur un salaire de base plus une prime d’expatriation en temps que personnel du CNRS ne travaillant pas sur le sol français. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, c’est cette prime qui constitue la grande partie de la rémunération. Mais j’ai reçu il y a une semaine un coup de fils du siège du CNRS à Paris me disant que je n’avait pas le droit à cette prime, car j’habite actuellement à Tokyo, lieu de mon futur postdoc. Ils me disent alors que je ne suis pas considéré comme expatrié mais que j’ai le droit à autre chose, cependant ça entraine une réduction totale de 62% du revenu que l’on m’avait promis ! Je dis promis car en effet j’avais reçu 3 semaines auparavant un email du service RH du CNRS me disant noir sur blanc que j’avais le droit à cette prime, ce qui a entrainé le dépôt de ma démission à mon poste actuel pour pouvoir commencer le postdoc CNRS au 1er septembre.

62% en moins pendant deux ans, ça fait mal. La différence est ÉNORME !

Pourtant, tout le monde de la branche CNRS au Japon m’affirme que je remplis les conditions nécessaires pour prétendre à cette prime, à savoir principalement être expatrié Français (plus une multitude de détails administratifs, mais que je remplis aussi). Le postdoc que je remplace, et qui lui aussi était au Japon avant de commencer son postdoc CNRS il y a deux ans, a touché cette prime. Ce qui est drôle, c’est que le siège du CNRS m’informe de cela alors que le postdoc est censé commencer dans 20 jours maintenant. Pourtant mon futur directeur avait envoyé les documents demandés par le CNRS pour faire mon contrat début juin. Ils ont vachement fait jouer la montre et me mettent maintenant au pied du mur, n’ayant toujours signé aucun contrat pour un job qui commence le 1er septembre.

Quoi qu’il en soit, je prends ce poste au Japon car il reste pour moi une grande opportunité de travail. Mais comprenez mon état de déception et de panique le jour où l’on m’a dit que mes revenus seront finalement minorés de 62% ! Enfin, j’ai bon espoir que tout rentre dans l’ordre, et bien entendu je vous tiens au courant (ce blog est là pour ça).

Pas un potager, mais presque !

Vous vous rappelez d’Anana-chan ? Mais si, notre queue de mini-ananas que Mari avait replanté. Et bien il (« elle » d’après Mari) a vachement poussé ! Et Mari lui à même trouvé d’autres camarades de jeux.

Anana-chan au fond, avec du basilic, une plante de café, et des fraisiers dans le grand bac !

Le basilic a une odeur vraiment puissante, et tellement bonne. Sans compter son goût…

Spaghettis sauce napolitaine, avec basilic maison !

Petit erratum : dans un commentaire du billet où je parle de kanji, je pensais que 禾 signifie « blé », en disant que le blé rougissait à l’automne au Japon. En fait j’avais mal compris ce que Mari m’avait expliqué (Antoine, fidèle lecteur du blog, avait tiqué sur l’étrange changement de couleur du blé, et moi-même qui n’y connait rien, l’info m’avait surpris). En fait ce kanji ne semble rien désigner de très précis. Son sens est quand même lié aux arbres et plantes, mais il est traduit par mon dictionnaire par « arbre à deux branches ». C’est quoi, ça ?

Pensées

Après m’être fait éclater la lèvre supérieure au karate hier soir ; après m’être fait arracher quelques bouts de peau de ma main gauche car j’ai oublié de mettre des gants de protection au practice de baseball tout à l’heure (note pour plus tard : devenir moins con) ; je vais écrire et décrire nos journées au tournoi de sumo et au théâtre noh. Mais avant, j’ai envie de déballer quelques unes de mes pensées du moment.

En ce moment, je réfléchis beaucoup. Je veux dire, plus que d’habitude. Sur mes deux ans en post-doc ici. Sur l’après post-doc. Sous plusieurs angles différents, notamment sous un angle professionnel. Je me lance dans un domaine tout nouveau pour moi, l’IA (l’intelligence artificielle). Je l’aborde avec enthousiasme, j’arrive avec quelques idées personnelles, et surtout avec des yeux neufs, n’ayant jamais été formé à travailler là dedans. J’ai conscience de mon cas : je n’ai pas été formaté aux idées et méthodes actuelles des chercheurs en IA, mais j’ai tout de même un peu de recul par rapport à le recherche et à son univers, chose qu’un jeune doctorant commençant sa thèse n’a pas. Il est donc tentant pour moi de vouloir me lancer dans des directions ayant un grand potentiel novateur mais jugées « dangereuses » car s’annonçant être de la recherche à très long terme et dans l’inconnu le plus total. Ce n’est toute fois pas la meilleure idée de se lancer à corps perdu dans de telles directions car un post-doc est le moment de montrer que l’on est capable d’obtenir de « bonnes » publications rapidement, quitte à taper dans le réchauffé et à faire plus de la soupe que de la Science. Le système de recrutement s’est perverti en ne prenant plus compte qu’une productivité qui n’est possible qu’avec de la recherche à court terme. Et je ne parle même pas des recrutements biaisés par le piston. Mais heureusement les mathématiques et l’informatique sont assez épargnés de ce fléau.

Alors que faire ? Se montrer sage pendant mes années de post-doc, montrer que moi aussi je peux faire de la soupe aussi bien que les autres, et si j’ai la chance d’être recruté CNRS commencer à faire de la vraie recherche (car les jeunes maîtres de conférence n’ont pas le temps de vraiment faire de la recherche ; on ne leur en donne pas les moyens en France pour cela) ? Ben ouais, y’a pas vraiment d’autres alternatives…

J’ai dernièrement eu un bref échange d’email avec l’un des grands ponte français de l’IA, et ce dernier est bien pessimiste. Il pense que de réels résultats en IA sont possibles, mais que l’on ne s’en donne pas les moyens (ni financier, ni en organisation), que cela devrait requérir une vraie communauté travaillant dessus avec aucun espoir d’avoir des résultats concrets durant les premières décennies. Mais cela n’est en phase ni avec la structuration de la recherche aujourd’hui ni avec la volonté politique actuelle. Selon lui, la réelle IA est possible, mais on ne la verra jamais…

Bon allez, maintenant j’arrête de me lamenter et j’attaque les articles promis qui seront publiés d’ici quelques jours !

PS : c’était le 50ème article.

Pour quelques yens de plus…

Billet court, sans image, pour rapidement faire un point sur mon (notre) avenir.

Mon contrat expire à la fin de ce mois. Depuis maintenant un bout de temps, je sais que mon boss, Kaz, me propose un autre contrat de 5 mois, ce qui me permettrait de rester jusqu’à fin novembre 2010.

Et depuis moins d’une semaine, je sais que j’ai eu un financement CNRS auquel je candidatais, qui commencera le 1er septembre 2010 pour s’achever… à la fin août 2012. Gros lot ! Je suis sur Tokyo pour encore 2 ans et 3 mois ! ;-)

Ainsi mon contrat de 5 mois proposé par Kaz ne durera que 2 mois, ces juillet et août 2010. Chose amusante, je devrais déposer ma démission quasiment aussitôt après avoir signé ce prochain contrat, puisqu’il y a un préavis d’un mois et qu’il faut prendre en compte les vacances d’été du service administratif. Moi, je passerai l’été au frais avec la clim du labo. Ce contrat « de jointure » porte une obligation, mais qui ne me dérange pas : donner trois cours à des étudiants en master et doctorat sur mon domaine de recherche. Expérience intéressante qui me demandera un petit effort, mais pas trop. Je précise que le cours sera en anglais, je suis loin d’être capable d’enseigner en japonais !

Et mon prochain financement de deux ans, ça implique quoi ? Ceci : je reste dans la même université, je déménage dans un autre labo qui se trouve 500m plus loin, je change de chef (je serai sous la responsabilité d’un professeur français qui est ici depuis 6 ans) et je change légèrement de domaine de recherche pour travailler sur des choses plus appliquées, en l’occurrence de l’intelligence artificielle en exploitant la puissance de calcul du super-calculateur du Japon auquel j’aurai accès, rien que ça, oui môssieur.

Alors Mari est heureuse ; elle reste un peu plus longtemps au Japon, ça lui permettra de mieux se préparer à un départ pour la France d’ici deux ans (car je pense difficilement réalisable de trouver un poste titulaire ici). Et autre nouvelle : on a finalement la possibilité de rester dans la maison ces deux prochaines années ! Sauf si jamais les gens du temple se décident à revendre la maison, option qu’ils envisagent dans un avenir plus ou moins proche.

A l’occasion, je décrirai un peu plus mon nouveau boulot… dès que j’en saurai plus moi-même. ^^

Vive les mariés !

Certains d’entre vous le savaient : aujourd’hui, à 8h08 heure française, Mari et moi, nous nous sommes mariés !

Vous n’avez pas été invité ? C’est normal, personne ne l’a été. On n’a fait qu’un mariage civil et cela ne se célèbre pas au Japon. On fera sans doute une cérémonie shinto mais plus tard, quand on aura l’argent, genre dans un an peut être. Le mariage civil au Japon, c’est purement une formalité administrative : on remplit des documents, on les donnent à un employé de la mairie, il met un tampon quelque part et nous sommes mariés. Asako et Jori, le couple d’ami nippo-américain avec qui nous avons fait Hanami, ce sont mariés un matin : ça a prit deux minutes et ils sont partis au boulot juste après. Nous, on s’est marié aujourd’hui, et ensuite on est allé faire des courses…

On a des photos de mariage (prises il y a trois semaines déjà), mais je rappelle que Mari ne veut pas avoir sa frimousse sur le net :-p

On a fait quoi après les courses ? On avait prévu une petite balade romantique durant cette magnifique journée, en faisant un tour de barque (malgré mes courbatures) du côté de kagurazaka, pour aller ensuite dîner chez Joël Robuchon (ouais, c’est un bon pote) dans son château (première photo de ce billet). Manque de bol, je suis malade : j’ai la gorge très irritée, mais vraiment beaucoup. On a donc décidé de rester tranquillement à la maison et de reporter balade et resto à jeudi prochain, jour férié pour raison d’anniversaire de l’ancien empereur (oui, le fameux Hiro Hito).

Au passage, nous sommes allé voir hier au cinéma ダーリンは外国人 (en français : « mon chéri est un étranger »), et c’était bien sympa. Mari s’est retrouvée dans certaines situations que connaissent les couples nippo-autre-chose, et perso, même si j’ai compris le gros de l’histoire, j’ai rien pané aux dialogues T_T. En attendant le DVD avec les sous-titres en anglais.

J’ai pleins de choses à vous dire en ce moment ! Je vais essayer de trouver le temps pour écrire !