ou la vie quotidienne d'un chercheur à Tokyo

Des trucs à dire

Ça fait un moment que je n’ai rien écrit, et pourtant…

Et pourtant ce ne sont pas les choses à raconter qui manquent. Au programme, je compte vous parler « bientôt » de :

  • mon nouveau taff, ainsi que l’histoire du contrat qui l’accompagne,
  • le week-end dernier à Hamamatsu, où on a assisté à une vraie cérémonie du thé dans une maison de thé,
  • des trucs en vrac (photos d’amis qui passaient sur Tokyo, soirées diverses, …)
  • de différents aspects du Japon : ses poubelles, son urbanisme, ses trottoirs, sa télé, les plaques minéralogiques des bagnoles, …
  • le retournement d’une sphère en topologie, promise depuis longtemps,
  • et certainement d’autres choses que j’ai oublié.

Tout ça, ça sera quand j’aurai le temps (c’est pas le boulot qui me manque en ce moment) et aussi l’envie d’écrire, car c’est comme tout, ça part et ça revient !

10.000 visiteurs

Ca y est, la barre des 10.000 visiteurs a été franchie. Pas terrible diront certains car après tout ce blog existe depuis décembre 2009, et 10.000 visites pour certains blogs c’est l’histoire d’une heure à peine. Mais bon, l’objectif n’est pas ici de faire du chiffre ni d’être lu par un maximum de gens.

A noter une explosion des visites à la fin avril. Normalement j’ai environ 40 visites par jours, mais le 24 avril j’en ai eu 1500. o_O Et un autre millier la semaine qui suivit. Cela s’explique par le fait qu’un site japonais reprenant des petites news a parlé de mon billet sur les sakura : http://news.searchina.ne.jp/disp.cgi?y=2010&d=0423&f=national_0423_025.shtml Ils ont sans doute essayé de traduire ma page via google translate car d’après Mari leur texte est un complet contre-sens par rapport à ce que j’avais écrit. En plus ils n’ont même pas su écrire correctement le nom de ce blog… ^_^’

J’ai des petites idées de billets, je vais essayer de trouver le temps (et la motivation) de les écrire prochainement.

A bientôt !

And the winner is…

Il y a quelques heures, sont tombés les résultats des lauréats de la Médaille Fields 2010, la plus honorifique distinction en Mathématiques.

Car vous savez qu’il n’y a pas de prix Nobel en Maths. La Médaille Fields est attribuée tous les 4 ans (contre tous les ans pour le Nobel) à des mathématiciens de moins de 40 ans (pas de limite d’âge pour le Nobel). Il y a souvent 4 lauréats une même année, mais ce n’est pas une règle gravée dans le marbre.

Et une fois de plus, la France a pété le score : sur les 4 lauréats 2001, 2 sont Français. Allez, je vais compter les médailles comme pour les J.O. : ça nous en fait 11 (sur 52 depuis 1936), nous mettant à la 2ème place derrière les States (13 médailles). Vu la différence d’investissement dans la recherche entre ces deux pays, c’est un sacré score !

Cette année, les heureux élus sont Villani, un dandy aux goûts vestimentaires bloqués deux siècles en arrière, 36 ans, ENS comme il se doit et directeur de l’Institut Henri Poincaré (IHP pour les intimes). Il fait des Maths pour la physique. On lui a notamment attribué la médaille pour ces travaux sur la théorie cinétique (énergie dépendant de la vitesse de mouvement). Un lecteur de ce blog m’avait dit une fois qu’il détestait les informaticiens théoriciens, c’est-à-dire ma famille scientifique. Je trouve ça dommage ce genre d’attitude fratricide, mais bon, c’est malheureusement assez courant.

L’autre Français est Châu, d’origine Vietnamienne. Il est récompensé par avoir démontré le « lemme fondamental », unifiant la théorie des nombres, la géométrie algébrique et l’analyse (rien que ça). Les deux autres lauréats sont l’Israélien Lindenstrauss et le Russe Smirnov (nasdrovia !), tout deux pour des travaux autour de la statistique. A noter qu’un nom était bien pressenti, le Brésilien Avila, mais il a sans doute été écarté pour son jeune âge (30 ans, putain à peine 3 ans de plus que moi…). Il est donc éligible pour deux fois encore, et il l’aura, c’est quasi-assuré.

On n’oublie pas l’autre prix décerné le même jour, le prix Gauss en Maths appliqués. Cette fois un seul lauréat tous les 4 ans, et c’est aussi un Français qui l’a raflé : Meyer, pour ses études sur les ondelettes et leurs applications dans la compression. L’algorithme de la compression d’image JPEG, c’est notamment à ce Monsieur que nous le devons. Il a développé ça quand il était au CMAP à l’X, au bureau juste au dessus du mieux quand j’étais moi-même à l’X. Le prix ayant été créé en 2006, il n’y a pour l’instant que 2 lauréats : Meyer cette année et le Japonais Ito (en 2006 donc).

De part les contraintes de l’attribution de la Médaille Fields (moins de 40 ans, une fois tous les 4 ans), la très haut distinction en Mathématique qui se rapproche le plus des conditions du prix Nobel (pas de limite d’âge, tous les ans) est le prix Abel créé en 2003. Là encore la France se gave : 3 prix Abel sur 9, deuxième place derrière les States (5 prix). Franchement, y’a de quoi avoir la tête haute, surtout si on prends en compte les conditions de recherche que sont les nôtres en France…

Oui, sauf que cette fois c’est peut être la bonne…

Depuis deux jours, un énorme buzz a éclaté autour d’un des problèmes mathématiques les plus connus : le problème « P≠NP ? ». Pour faire très simplifié sans être technique (en fait je vais être simpliste mais j’ai pas le choix), on appelle P la classe des problèmes mathématiques facile (c-à-d rapide) à résoudre automatiquement, et NP la classe des problèmes difficiles, où on a a priori pas de méthode intelligente pour trouver une solution rapidement.

Toute les nuances se trouvent dans mon terme « a priori ». En effet, il se peut que les problèmes difficiles soient en fait faciles, car jusque là on avait pas trouvé de bonnes manières de les traiter. Il se peut aussi (hypothèses plus communément admise) que ces deux classes P et NP sont différentes, et que les problèmes difficiles resteront difficiles à jamais.

Mine de rien, cette question est l’une des plus épineuses en mathématiques. Elle a été classé par le Clay Institut comme étant l’un des 7 problèmes les plus compliqués au monde (classement toutefois un peu arbitraire), et leur résolution est récompensée d’un prix de 1 million de dollars pour chacun des problèmes.

J’ai l’habitude de voir défiler tous les ans 2 ou 3 articles disant prouver que P est différent de NP. Donc quand Yusuke, le jeune « assistant professor » avec qui je partage mon bureau au labo m’a dit ce midi devant un plat de karaage « y’a quelqu’un qui semble avoir prouvé P≠NP », j’ai pas trop tiqué et j’ai banalement lancé un « encore ? » légèrement teinté d’ironie.

Oui, mais cette fois c’est différent. L’article est en ligne depuis 5 jours. Depuis 2 jours, toutes la communauté en informatique théorique, surtout dans le domaine de la complexité algorithmique, ne parle que de ça. Les mathématiciens du domaine, en vacances d’été, doivent certainement chercher des points hotspot wifi au bord de la plage où ils se trouvent…

Le quelqu’un en question, Vinay Deolalikar, chercheur dans le privé chez HP-labs, était un parfait inconnu ne serait-ce qu’il y a trois jours. Pas beaucoup de publications en info théorique, et pas dans de grands journaux ou conférences, mais quelqu’un qui semble sérieux quand même. Tout le monde estime que son article est bien rédigé et ne manque pas de référencer les travaux déjà existants. Bien que certains points délicats ont été relevé dans la preuve, un bon nombre de chercheurs émérites et reconnus comme tel dans la communauté info théorique s’accordent à dire qu’il s’agit là d’une avancée certaine, même si la preuve ne s’avèrerait pas juste.

Car bien entendu, la preuve d’un problème de cette envergure n’est pas lisible du premier coup d’œil. Il s’agit d’un manuscrit de 103 pages bien bourrines, utilisant beaucoup de notions très différentes, et surtout extrêmement pointue, et il faudra attendre un bon petit moment pour que la communauté scientifique du domaine comprenne la preuve, y prenne du recul et finisse par estimer que oui, la preuve est juste. Personnellement, je n’ai même pas pris la peine de télécharger l’article car je sais d’avance que je ne vais rien capter. Tout ce que je sais, c’est qu’il s’agit d’une preuve par l’absurde et utilisant à outrance la théorie des modèles finis, ce qui déjà me disqualifie d’office pour comprendre ne serait-ce qu’une demi-page de ce manuscrit.

Je faisais référence au projet polymath dans un précédent billet, où des mathématiciens mettaient judicieusement à profit les nouveaux moyens de communication pour mettre en commun leurs efforts et résoudre ensemble de grands problèmes. Ben c’est un peu ce qui se passe en ce moment, et ce mouvement s’est créé spontanément. Je reste convaincu que cette manière de faire de la recherche est l’avenir.

Pour les plus courageux d’entre vous, la page de type polymath (hébergé par polymath même si cet article ne fait pas directement parti du projet polymath), où tout est bien mieux expliqué qu’ici : http://michaelnielsen.org/polymath1/index.php?title=Deolalikar%27s_P!%3DNP_paper

J’hésitais à titrer ce billet « La vie n’est pas linéaire », mais je trouvais ça moins percutant.

Laissez-moi vous conter ma vie trépidante en ce moment.

Vous vous rappelez que dans mon billet « Pour quelques yens de plus…« , je mentionnais un financement CNRS de deux ans très bien rémunéré ? Depuis maintenant une bonne semaine, je bataille avec l’administration du CNRS sur un différent concernant ma rémunération. Explications en deux mots (à peine).

Cette rémunération repose sur un salaire de base plus une prime d’expatriation en temps que personnel du CNRS ne travaillant pas sur le sol français. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, c’est cette prime qui constitue la grande partie de la rémunération. Mais j’ai reçu il y a une semaine un coup de fils du siège du CNRS à Paris me disant que je n’avait pas le droit à cette prime, car j’habite actuellement à Tokyo, lieu de mon futur postdoc. Ils me disent alors que je ne suis pas considéré comme expatrié mais que j’ai le droit à autre chose, cependant ça entraine une réduction totale de 62% du revenu que l’on m’avait promis ! Je dis promis car en effet j’avais reçu 3 semaines auparavant un email du service RH du CNRS me disant noir sur blanc que j’avais le droit à cette prime, ce qui a entrainé le dépôt de ma démission à mon poste actuel pour pouvoir commencer le postdoc CNRS au 1er septembre.

62% en moins pendant deux ans, ça fait mal. La différence est ÉNORME !

Pourtant, tout le monde de la branche CNRS au Japon m’affirme que je remplis les conditions nécessaires pour prétendre à cette prime, à savoir principalement être expatrié Français (plus une multitude de détails administratifs, mais que je remplis aussi). Le postdoc que je remplace, et qui lui aussi était au Japon avant de commencer son postdoc CNRS il y a deux ans, a touché cette prime. Ce qui est drôle, c’est que le siège du CNRS m’informe de cela alors que le postdoc est censé commencer dans 20 jours maintenant. Pourtant mon futur directeur avait envoyé les documents demandés par le CNRS pour faire mon contrat début juin. Ils ont vachement fait jouer la montre et me mettent maintenant au pied du mur, n’ayant toujours signé aucun contrat pour un job qui commence le 1er septembre.

Quoi qu’il en soit, je prends ce poste au Japon car il reste pour moi une grande opportunité de travail. Mais comprenez mon état de déception et de panique le jour où l’on m’a dit que mes revenus seront finalement minorés de 62% ! Enfin, j’ai bon espoir que tout rentre dans l’ordre, et bien entendu je vous tiens au courant (ce blog est là pour ça).

Restons dans le domaine horticole. Il faut savoir que le Japon, ainsi que les Japonais, sont extrêmement virulents en ce qui concerne les drogues, même celles dites douces. Là où chez nous un ado sur deux a essayé le joint et où on sait très bien que bon nombre de « stars » fument plus ou moins impunément (pas plus impunément que le reste de la population en fait), au Japon on ne voit pas du tout la chose du même œil. Un(e) chanteur(euse)/acteur(trice)/people pré-fabriqué carton-pâte comme on sait si bien les faire ici qui se fait choper (pour ne pas dire pécho) avec du cannabis se voit mitrailler par tous les médias à travers un lynchage soigneusement organisé, et il (elle) peut dire « au revoir » à sa « carrière ». Pendant ce temps, notre Johnny se reprend un rail.

Connaissant ce contexte, c’est avec un grand étonnement que je voyais un peu partout des motifs représentant… des feuilles de cannabis ! Par exemple, notre traditionnel sapin-sent-bon accroché au rétro intérieur en France est ici remplacé par une belle feuille sent-bon de cannabaceae.

Comme ici par exemple. Et j'ai vu des voitures avec 4/5 feuilles accrochées. Certainement des junkies...

Mais on retrouve cette feuille ailleurs que dans les voitures. On peut aussi l’exhiber fièrement sur un sweat taille enfant par exemple.

En plus au fond, y'a marqué "c'est pas cher".

Alors, où est le piège ? Les Japonais ne savent-ils pas à quoi ressemble le cannabis ? Non, en fait c’est moi qui me plantait.

La ressemblance est frappante, mais il s’agit ici non pas de feuilles de cannabis mais d’érable japonais.

Regardez-moi ce beau rouge !

Il faut vraiment être un expert (en érable japonais, il en va sans dire) pour ne pas s’y tromper, n’est-ce pas ?

Vous vous rappelez d’Anana-chan ? Mais si, notre queue de mini-ananas que Mari avait replanté. Et bien il (« elle » d’après Mari) a vachement poussé ! Et Mari lui à même trouvé d’autres camarades de jeux.

Anana-chan au fond, avec du basilic, une plante de café, et des fraisiers dans le grand bac !

Le basilic a une odeur vraiment puissante, et tellement bonne. Sans compter son goût…

Spaghettis sauce napolitaine, avec basilic maison !

Petit erratum : dans un commentaire du billet où je parle de kanji, je pensais que 禾 signifie « blé », en disant que le blé rougissait à l’automne au Japon. En fait j’avais mal compris ce que Mari m’avait expliqué (Antoine, fidèle lecteur du blog, avait tiqué sur l’étrange changement de couleur du blé, et moi-même qui n’y connait rien, l’info m’avait surpris). En fait ce kanji ne semble rien désigner de très précis. Son sens est quand même lié aux arbres et plantes, mais il est traduit par mon dictionnaire par « arbre à deux branches ». C’est quoi, ça ?

Le théorème de StarCraft

A l’occasion de la sortie internationale de StarCraft 2 aujourd’hui même, j’avais envie de vous faire partager la petite découverte de la semaine.

StarCraft est l’un des jeux auquel j’ai le plus joué durant mon adolescence. Certains lecteurs de ce blog se souviendront sans doute de nos combats épiques à travers ce jeu à l’occasion de nuits voire weeks-end organisés de jeux en réseau.

Il y a une semaine à peine, je suis tombé sur ce court article en science cognitive faisant un parallèle entre les mathématiques et StarCraft (ainsi que Final Fantasy X), voulant illustrer de manière plus globale les similitudes de comportements intellectuels et d’apprentissage qu’impliquent les maths et les jeux vidéos, et propose d’utiliser ces derniers afin de renforcer les capacités et l’appétit mathématique des étudiants. Autant vous le dire tout de suite, cet article est d’une vacuité affligeante. Mais j’ai trouvé néanmoins l’idée assez amusante pour vous en parler ici et vous proposer de perdre 5 minutes de votre vie à le lire (ne prenez pas peur, l’article commence par un résumé en anglais mais le reste est en français) : « mon prof de maths est un zerg ».

Beaucoup plus fun encore (et juste en plus !), mais bien moins accessible aux non-avertis, un article démontrant que le jeu « Lemmings » est NP-complet : « je ne verrai plus ces bestioles de la même manière ».

Enjoy!

Le théâtre des hommes

Billet court, car il n’y a pas beaucoup de photos et finalement peu de choses à dire, ne connaissant pas assez bien le théâtre noh pour pleinement le décrire.

Nous sommes allés le mois dernier avec des amis voir une pièce de théâtre noh au théatre de Tokyo. Le théâtre noh, c’est le théâtre traditionnel japonais où l’intégralité des acteurs sont des hommes (même pour les rôles féminins), portant souvent un masque, et où la musique, la danse et le chant ont une place très importante.

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Sumo

Par quoi commencer pour décrire ce sport traditionnel vieux de 1500 ans ? Peut être par un bref aperçu de ses origines. Le sumo est indissociable de la religion shinto dont les rites sont ici omniprésents. L’origine même de ce sport puise sa source dans le shinto : selon la légende, le dieu de l’est et le dieu de l’ouest se sont battus pour déterminer lequel des peuples respectivement associés à ces dieux jouirait de l’archipel du Japon. Bien entendu, c’est le dieu de l’est qui a gagné.

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