ou la vie quotidienne d'un chercheur à Tokyo

Pour patienter…

Comme il se peut que je n’écrive rien pendant un ch’tit moment, je vous propose une interlude en regardant quelques photos que j’ai pris lors de mes précédents voyages comme le Japon l’été dernier, mais également l’Inde, Vienne, Prague, …

C’est ici : picasa powaaa !!!

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Petite pause

Salut à vous, surfeurs du web.

Je pense que je vais prendre une petite pause dans mon blog. J’ai commencé mon nouveau poste de chercheur CNRS le 1er septembre et je vois bien que je n’arrive pas à trouver le temps d’alimenter ce blog (bien que les choses à écrire s’accumulent méchamment !). Et comme les mois d’octobre et novembre s’annoncent aussi bourrin que celui de septembre, c’est peut être le temps de prendre un peu de recul. Si jamais je trouve un petit moment et une petite motivation pour écrire, je le ferai, à commencer par la rapide description de mon nouveau poste (et la visite du petit parc à côté de chez nous, tout mignon, sans oublier de parler des cours de pâtisseries japonaises et européennes que prend Mari en ce moment).

J’espère à très bientôt les jeunes !

Erratum

J’ai toujours des trucs à dire ; j’ai juste la flemme d’écrire en ce moment. Ça viendra. :-)

Mais ayant reçu plusieurs messages alarmés au sujet de mon nouveau financement, je tiens à faire une correction car visiblement je me suis bien mal exprimé. Plusieurs d’entre vous ont pensé que nous allions Mari et moi traverser une difficile période financièrement dû à cette réduction subite de salaire (par rapport à qui m’avait été promis). En fait, vous n’avez aucune inquiétude à avoir de ce côté : jamais je n’aurais été aussi bien payé, et en France on ne m’aurait jamais proposé un tel salaire. C’est juste qu’au lieu d’être très très bien payé, je vais « simplement » être  très bien payé. ^^

La précision étant faite, j’espère avoir la gniak pour écrire bientôt à nouveau. J’ai plein de choses à dire !

Des trucs à dire

Ça fait un moment que je n’ai rien écrit, et pourtant…

Et pourtant ce ne sont pas les choses à raconter qui manquent. Au programme, je compte vous parler « bientôt » de :

  • mon nouveau taff, ainsi que l’histoire du contrat qui l’accompagne,
  • le week-end dernier à Hamamatsu, où on a assisté à une vraie cérémonie du thé dans une maison de thé,
  • des trucs en vrac (photos d’amis qui passaient sur Tokyo, soirées diverses, …)
  • de différents aspects du Japon : ses poubelles, son urbanisme, ses trottoirs, sa télé, les plaques minéralogiques des bagnoles, …
  • le retournement d’une sphère en topologie, promise depuis longtemps,
  • et certainement d’autres choses que j’ai oublié.

Tout ça, ça sera quand j’aurai le temps (c’est pas le boulot qui me manque en ce moment) et aussi l’envie d’écrire, car c’est comme tout, ça part et ça revient !

10.000 visiteurs

Ca y est, la barre des 10.000 visiteurs a été franchie. Pas terrible diront certains car après tout ce blog existe depuis décembre 2009, et 10.000 visites pour certains blogs c’est l’histoire d’une heure à peine. Mais bon, l’objectif n’est pas ici de faire du chiffre ni d’être lu par un maximum de gens.

A noter une explosion des visites à la fin avril. Normalement j’ai environ 40 visites par jours, mais le 24 avril j’en ai eu 1500. o_O Et un autre millier la semaine qui suivit. Cela s’explique par le fait qu’un site japonais reprenant des petites news a parlé de mon billet sur les sakura : http://news.searchina.ne.jp/disp.cgi?y=2010&d=0423&f=national_0423_025.shtml Ils ont sans doute essayé de traduire ma page via google translate car d’après Mari leur texte est un complet contre-sens par rapport à ce que j’avais écrit. En plus ils n’ont même pas su écrire correctement le nom de ce blog… ^_^’

J’ai des petites idées de billets, je vais essayer de trouver le temps (et la motivation) de les écrire prochainement.

A bientôt !

And the winner is…

Il y a quelques heures, sont tombés les résultats des lauréats de la Médaille Fields 2010, la plus honorifique distinction en Mathématiques.

Car vous savez qu’il n’y a pas de prix Nobel en Maths. La Médaille Fields est attribuée tous les 4 ans (contre tous les ans pour le Nobel) à des mathématiciens de moins de 40 ans (pas de limite d’âge pour le Nobel). Il y a souvent 4 lauréats une même année, mais ce n’est pas une règle gravée dans le marbre.

Et une fois de plus, la France a pété le score : sur les 4 lauréats 2001, 2 sont Français. Allez, je vais compter les médailles comme pour les J.O. : ça nous en fait 11 (sur 52 depuis 1936), nous mettant à la 2ème place derrière les States (13 médailles). Vu la différence d’investissement dans la recherche entre ces deux pays, c’est un sacré score !

Cette année, les heureux élus sont Villani, un dandy aux goûts vestimentaires bloqués deux siècles en arrière, 36 ans, ENS comme il se doit et directeur de l’Institut Henri Poincaré (IHP pour les intimes). Il fait des Maths pour la physique. On lui a notamment attribué la médaille pour ces travaux sur la théorie cinétique (énergie dépendant de la vitesse de mouvement). Un lecteur de ce blog m’avait dit une fois qu’il détestait les informaticiens théoriciens, c’est-à-dire ma famille scientifique. Je trouve ça dommage ce genre d’attitude fratricide, mais bon, c’est malheureusement assez courant.

L’autre Français est Châu, d’origine Vietnamienne. Il est récompensé par avoir démontré le « lemme fondamental », unifiant la théorie des nombres, la géométrie algébrique et l’analyse (rien que ça). Les deux autres lauréats sont l’Israélien Lindenstrauss et le Russe Smirnov (nasdrovia !), tout deux pour des travaux autour de la statistique. A noter qu’un nom était bien pressenti, le Brésilien Avila, mais il a sans doute été écarté pour son jeune âge (30 ans, putain à peine 3 ans de plus que moi…). Il est donc éligible pour deux fois encore, et il l’aura, c’est quasi-assuré.

On n’oublie pas l’autre prix décerné le même jour, le prix Gauss en Maths appliqués. Cette fois un seul lauréat tous les 4 ans, et c’est aussi un Français qui l’a raflé : Meyer, pour ses études sur les ondelettes et leurs applications dans la compression. L’algorithme de la compression d’image JPEG, c’est notamment à ce Monsieur que nous le devons. Il a développé ça quand il était au CMAP à l’X, au bureau juste au dessus du mieux quand j’étais moi-même à l’X. Le prix ayant été créé en 2006, il n’y a pour l’instant que 2 lauréats : Meyer cette année et le Japonais Ito (en 2006 donc).

De part les contraintes de l’attribution de la Médaille Fields (moins de 40 ans, une fois tous les 4 ans), la très haut distinction en Mathématique qui se rapproche le plus des conditions du prix Nobel (pas de limite d’âge, tous les ans) est le prix Abel créé en 2003. Là encore la France se gave : 3 prix Abel sur 9, deuxième place derrière les States (5 prix). Franchement, y’a de quoi avoir la tête haute, surtout si on prends en compte les conditions de recherche que sont les nôtres en France…

Oui, sauf que cette fois c’est peut être la bonne…

Depuis deux jours, un énorme buzz a éclaté autour d’un des problèmes mathématiques les plus connus : le problème « P≠NP ? ». Pour faire très simplifié sans être technique (en fait je vais être simpliste mais j’ai pas le choix), on appelle P la classe des problèmes mathématiques facile (c-à-d rapide) à résoudre automatiquement, et NP la classe des problèmes difficiles, où on a a priori pas de méthode intelligente pour trouver une solution rapidement.

Toute les nuances se trouvent dans mon terme « a priori ». En effet, il se peut que les problèmes difficiles soient en fait faciles, car jusque là on avait pas trouvé de bonnes manières de les traiter. Il se peut aussi (hypothèses plus communément admise) que ces deux classes P et NP sont différentes, et que les problèmes difficiles resteront difficiles à jamais.

Mine de rien, cette question est l’une des plus épineuses en mathématiques. Elle a été classé par le Clay Institut comme étant l’un des 7 problèmes les plus compliqués au monde (classement toutefois un peu arbitraire), et leur résolution est récompensée d’un prix de 1 million de dollars pour chacun des problèmes.

J’ai l’habitude de voir défiler tous les ans 2 ou 3 articles disant prouver que P est différent de NP. Donc quand Yusuke, le jeune « assistant professor » avec qui je partage mon bureau au labo m’a dit ce midi devant un plat de karaage « y’a quelqu’un qui semble avoir prouvé P≠NP », j’ai pas trop tiqué et j’ai banalement lancé un « encore ? » légèrement teinté d’ironie.

Oui, mais cette fois c’est différent. L’article est en ligne depuis 5 jours. Depuis 2 jours, toutes la communauté en informatique théorique, surtout dans le domaine de la complexité algorithmique, ne parle que de ça. Les mathématiciens du domaine, en vacances d’été, doivent certainement chercher des points hotspot wifi au bord de la plage où ils se trouvent…

Le quelqu’un en question, Vinay Deolalikar, chercheur dans le privé chez HP-labs, était un parfait inconnu ne serait-ce qu’il y a trois jours. Pas beaucoup de publications en info théorique, et pas dans de grands journaux ou conférences, mais quelqu’un qui semble sérieux quand même. Tout le monde estime que son article est bien rédigé et ne manque pas de référencer les travaux déjà existants. Bien que certains points délicats ont été relevé dans la preuve, un bon nombre de chercheurs émérites et reconnus comme tel dans la communauté info théorique s’accordent à dire qu’il s’agit là d’une avancée certaine, même si la preuve ne s’avèrerait pas juste.

Car bien entendu, la preuve d’un problème de cette envergure n’est pas lisible du premier coup d’œil. Il s’agit d’un manuscrit de 103 pages bien bourrines, utilisant beaucoup de notions très différentes, et surtout extrêmement pointue, et il faudra attendre un bon petit moment pour que la communauté scientifique du domaine comprenne la preuve, y prenne du recul et finisse par estimer que oui, la preuve est juste. Personnellement, je n’ai même pas pris la peine de télécharger l’article car je sais d’avance que je ne vais rien capter. Tout ce que je sais, c’est qu’il s’agit d’une preuve par l’absurde et utilisant à outrance la théorie des modèles finis, ce qui déjà me disqualifie d’office pour comprendre ne serait-ce qu’une demi-page de ce manuscrit.

Je faisais référence au projet polymath dans un précédent billet, où des mathématiciens mettaient judicieusement à profit les nouveaux moyens de communication pour mettre en commun leurs efforts et résoudre ensemble de grands problèmes. Ben c’est un peu ce qui se passe en ce moment, et ce mouvement s’est créé spontanément. Je reste convaincu que cette manière de faire de la recherche est l’avenir.

Pour les plus courageux d’entre vous, la page de type polymath (hébergé par polymath même si cet article ne fait pas directement parti du projet polymath), où tout est bien mieux expliqué qu’ici : http://michaelnielsen.org/polymath1/index.php?title=Deolalikar%27s_P!%3DNP_paper