ou la vie quotidienne d'un chercheur à Tokyo

My life for Aiur

Comme vous le savez, j’ai plein de choses en retard dont je dois vous parler. La cérémonie du thé, le petit parc mignon juste à côté de chez nous, les magnifiques couleurs d’automne dont le Japon est en train de se vêtir, les pâtisseries de Mari, …

Je ne vais vous parler de rien de tout ça. Du moins, pas maintenant ni la prochaine fois. Ce post est une première partie d’une chose dont j’aimerai parler et qui est en train de me passionner en ce moment, et ça va au delà du jeu.

Le lecteur averti aura compris de quoi je vais parler grâce au titre. C’est bel et bien de StarCraft, jeu dont j’ai déjà parlé à une occasion (à savoir ici). Aujourd’hui on va se concentrer sur StarCraft 2 (disons SC2). J’ai craqué fin septembre, me suis pris la version US du jeu (il n’est pas vendu au Japon), n’est pas le temps d’y jouer mais apprécie beaucoup de regarder des parties commentées de joueurs renommés, voire de professionnels. Car oui, il y a des professionnels de SC, (essentiellement des Coréens, ce jeu étant un phénomène de société là-bas) s’entraînant quotidiennement comme les sportifs de hauts niveaux, reçoivent un salaire par un sponsor, et deviennent entraîneurs / managers lorsqu’ils ne peuvent assurer le rythme des compétitions.

Je sais que faire d’un jeu vidéo son métier est considéré comme incongru (pour rester soft) par beaucoup de personnes, là où personne ne s’offusque de voir des joueurs professionnels d’échecs par exemple. On me dit : « la comparaison est mal choisie, c’est exagéré ». Ben pas du tout. De mon point de vue, StarCraft est le jeu d’échecs moderne.

Ou plutôt, je trouve SC plus proche du jeu de go (où il existe également des pros principalement au Japon, en Corée et en Chine). Il y a de flagrantes différences entre ces deux jeux, à commencer par le fait que le premier est en temps réel (les deux joueurs jouent simultanément), le second est du tour par tour. Et aussi, SC est un jeu à l’information incomplète (on ne sait pas en permanence ce que fait l’adversaire) alors que chaque joueur d’échecs et de go voit l’intégralité du plateau de jeu. Nous avons donc deux jeux de nature complètement opposée à première vue.

Là où SC rejoint les échecs, et surtout le go, c’est par la stratégie. Comme au go, il y a une notion de gestion locale et de stratégique globale (appelé micro-gestion et macro-gestion pour SC). La première concerne la gestion du combat, à savoir le placement des pierres (des unités) au go (à SC). La seconde, plus complexe, correspond à l’occupation spatiale du plateau (de la carte). Comme au go, les parties dans SC sont divisées en trois différentes phases de stratégie : le début, le milieu et la fin de partie. Comme au go, pour le début de partie il existe des ouvertures, suites d’actions optimales suivant la et les stratégies que l’on pense appliquer.  En général on apprend ces ouvertures (appelées build orders) par cœur. Ces ouvertures existent car, comme au go, ces mouvements optimaux sont plus faciles à étudier en début de partie (situation de départ identique, stratégie à court terme identique), ils sont donc bien connus. Comme au go, StarCraft demande de l’anticipation, de lire dans le jeu de l’adversaire, de l’adaptation, ainsi que de la créativité à partir d’un certain niveau. Une composante supplémentaire dans SC est la réactivité, puisqu’il s’agit d’un jeu en temps réel. Plus je m’intéresse à ce jeu, et plus je constate le potentiel infini qui se cache derrière…

J’ai déjà exposé ce point de vue à certains d’entre vous qui m’ont judicieusement demandé « Ok, mais en quoi SC2 est plus le go moderne qu’un autre jeu récent de stratégie, que Civilisation 5 par exemple ? ». Très bonne question. D’un point de vue stratégique, rien en fin de compte. Mais ce qui fait la différence entre SC2  et d’autres jeux comme Civ. 5, c’est la communauté. On a vu se développer  en une dizaine d’année pour SC des tournois nationaux et internationaux, des ligues professionnels, des équipes nationales et internationales dirigées par un manageur et coachées par un entraîneur, ainsi qu’une véritable structure d’e-sport (comme ça s’appelle), animée par des joueurs qui ont préféré se tourner vers l’analyse et se sont imposés comme commentateurs de matchs, à l’instar des journalistes sportifs que nous entendons à la TV pour les matchs de foot, de rugby. Certains de ces commentaires sont tellement  reconnu par Blizzard (l’entreprise qui développe SC) et la communauté qu’on fait appel à eux pour commenter en live des matchs de  grands tournois. Toute cette effervescence au départ d’amateurs commence à se cristalliser vers un professionnalisme cadré. Pour vous dire que ça devient bien au delà d’un simple jeu.

Comme annoncé, le prochain post (lundi prochain) sera sur le même sujet. Mais il devrait être plus long, et surtout croyez-moi, beaucoup plus intéressant. Mais aussi, il débouchera sur un appel à participation pour un projet. :-p

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Commentaires sur: "My life for Aiur" (6)

  1. Je pense avoir une petite idee du dit projet^^

  2. Et j’espère bien que tu en feras parti !
    Mais j’en dis pas plus. Patientez jusqu’à lundi. :-p

  3. Il y a juste une chose qui me chagrine un peu sur SC2, c’est la rapidité. Il y a effectivement un potentiel stratégique formidable dans SC, mais avec le gain de vitesse apparu depuis le deuxième opus, j’ai l’impression qu’une partie de l’inventivité est passée dans la réactivité. Ceci dit, patience, SC2 n’en est encore qu’a ses premiers pas… C’est comme le vin, ça se bonifie avec le temps !

  4. Article très pertinent. J’imagine que tu vas bondir en regardant ça:
    http://www.korben.info/emission-philosophie-arte.html
    comment peut-on à ce point raconter des conneries ?

  5. Lanckhor a dit:

    Voila un post sur lequel je n’aurais pas grand avis à donner car depuis « Age of Empire » et « Civilisation », il y a plus de dix ans, je n’ai plus touché à un jeu de stratégie en réseau et même en ayant travaillé dans le domaine de la vie artificielle ou avec des « No life », je reste assez étranger au domaine, mais c’est pas faute d’être tenté.
    Concernant la vidéo citée par Eusebe, c’est en effet aberrant de voir une telle bêtise, d’autant que Colas Duflo se montre aussi incompétent dans le domaine des « jeux vidéos » comme il dit que dans ce que peut signifier la philosophie. Au vu de son CV et de sa bibliographie, ce n’est pas à proprement parlé un philosophe et il ne semble pas avoir même la maitrise du concept de modernité. De toute façon la vidéo parodique répond à mon gout de façon assez efficace sans avoir besoin d’insister sur la vacuité de leur raisonnement.

  6. Quant à moi, je me suis arrêté a « Command and Conquer » premier du nom ! ^^

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