ou la vie quotidienne d'un chercheur à Tokyo

Sumo

Par quoi commencer pour décrire ce sport traditionnel vieux de 1500 ans ? Peut être par un bref aperçu de ses origines. Le sumo est indissociable de la religion shinto dont les rites sont ici omniprésents. L’origine même de ce sport puise sa source dans le shinto : selon la légende, le dieu de l’est et le dieu de l’ouest se sont battus pour déterminer lequel des peuples respectivement associés à ces dieux jouirait de l’archipel du Japon. Bien entendu, c’est le dieu de l’est qui a gagné.

Un combat de sumo n’est donc rien d’autre que l’illustration de ce combat divin. Les deux lutteurs sont placés à l’est et à l’ouest de la butte de terre compacte faisant toujours aujourd’hui office de ring, et ce n’est pas forcement le lutteur de l’est qui gagne, fort heureusement.

Remarquez que je dit « lutteur » et non « sumotori ». Ce dernier terme désigne la plus basse catégorie de lutteur, les débutants en somme. Les lutteurs de sumo, ou rikishi, sont effectivement répartis en 6 divisions, elles-même subdivisées en catégories. C’est bien sûr la division la plus haute (makuushi), et même les 4 catégories les plus hautes de cette division (yokozuna, ozeki, sekiwake et komusubi) qui intéresse le public, même si ce dernier délaisse de plus en plus ce sport traditionnel, en temps que spectateur mais surtout en temps que pratiquant. En effet, depuis plusieurs années les meilleurs rikishi ne sont plus japonais mais mongols, et les européens montent en puissance.

Il y a 6 grands tournois de sumo par an, dont trois à Tokyo. Un tournoi dure 15 jours, faisant combattre entre eux tous les sumos professionnels et apprentis d’une même divisions (avec parfois des séparations entre certaines catégories, ce qui est le cas pour la plus haute division). Nous sommes allé à la finale du tournoi de mai dans la plus célèbre salle de combat de sumo du Japon, Ryogoku. La journée commence tôt avec les combats des petites divisions, et plus l’heure avance plus on attaque des combats importants, en terminant bien sûr par les combats des dernières catégories.

Un truc qui m’a frappé chez les lutteurs. Ils sont gros, ça, on le sait. Mais ce qu’on oublie de dire, c’est que ce sont des géants ! Ils font en général plus de 1m90, ce qui leur donne une stature assez intimidante. Et 1m90 pour un japonais (et je conjecture aussi sur les mongols), c’est vraiment hors-norme ! Ils ont un entrainement quotidien très intensif, réputé extrêmement difficile. Sauf s’ils sont mariés, possible pour eux à partir d’un certain age et niveau, ils vivent dans leur « écurie » respective, c’est-à-dire une maison de sumo tenue par un maître qui les entraîne. Ils se lèvent avant 6h du matin, n’ont que deux repas par jour (à base de je ne sais plus quoi, mais quelque chose de très spécifique). En dehors de la taille, certains ont des prédispositions physique à ce sport. Par exemple, Kaio, lutteur très populaire et le plus vieux professionnel en activité (38 ans, alors que l’age moyen de la retraite d’un sumo est 30 ans), qui faisait plus de 7kg à la naissance…

Avant de balancer les photos, quelques règles de base. Les deux lutteurs commencent face à face au centre d’un cercle. Celui qui sort du cercle en premier ou touche le sol avec une autre partie de son corps que la plante des pieds a perdu. Voilà. Quelques coups interdits : pas le droit d’agripper les cheveux de l’adversaire, pas le droit aux coups dans les parties, pas de fourchette dans les yeux, pas de coup de pieds, de coup de poing fermé (les coups à main ouverte sont autorisés, et constituent même une technique de base).

L’entrée de Ryogoku, avec les étendards portant le nom des lutteurs. A partir d’un certain niveau, les lutteurs changent de nom pour prendre un « nom de combat ».
La salle de combat, avec le ring en terre (dohyo) juste en dessous du toit suspendu que vous apercevez au milieu.
Nous, on était à l’étage. Moins cher et quand même une bonne vue.
Quand la salle est pleine et qu’une grande partie des tickets ont été vendu, un message de remerciement est déroulé pour les spectateurs.
Entrée des rikishi de la plus haute division et début des cérémonies les concernant.
A ce niveau, les lutteurs possèdent un tablier cousu main, avec des fils d’or, qui valent une fortune.
La crème de la plus haute division salue le public séparément.
Hop, un peu d’exercice… Taper du pied ainsi est une tradition shinto pour chasser les mauvais esprits du ring.
Attention, ça va bientôt partir, et le départ est très très rapide malgré leur poids…
Notez la tenue et les positions de l’arbitre principal. Il existe également des catégories chez les arbitres en fonction des compétences et de l’ancienneté. Ils suivent une formation stricte dans l’école d’arbitrage du sumo, et sont souvent issue d’une lignée familiale d’arbitres de sumo. Tout est très ritualisé. De même, un « chanteur » à la fonction d’appeler les lutteurs pour le prochain combat, et là aussi il existe des catégories et des lignées familiales !
Et voilà, départ trop rapide pour le prendre correctement en photo.

Pas facile parfois de déterminé qui est tombé en premier ou est sorti en premier hors du cercle. Cela donne lieu à des débats des cinq arbitres au milieu du ring.
Avant certains combats, des « sponsors » mettent de l’argent en jeu qui sera remporté par le vainqueur de ces combats. En contre partie, ils peuvent faire de la pub avant les combats concernés par des tours de piste de leur étendard. Plus le tour de piste est lent, plus les sommes d’argent en jeu sont importantes.

J’en profite pour dire que certaines techniques, même autorisées, sont mal vues à partir d’un certain niveau. L’utilisation ou l’abus de ces techniques amoindrit la qualité du combat, et par extension celle du combattant.

Le vainqueur était Hakuho, le seul lutteur en activité avec le grade de yokozuna (grade le plus élevé, celui où l'on est considéré comme un demi-dieu). Le vainqueur reporte un quantité incroyable de trophées, objets d'art, cadeaux venant d'entreprise et d'ambassades. Par exemple, l'ambassade des Emirats Arabes Unis lui a offert un an d'essence. L'ambassade du Mexique un an de bière Corona (ça fait un peu cliché tout ça, non ?). Et je ne parle même pas des sommes astronomiques remportées...

Au final, expérience très intéressante. J’aimerai bien apprendre un peu plus sur les techniques de ce sport, savoir et comprendre pourquoi telle ou telle technique est considérée comme louable alors que d’autres sont « moins classes ». Comme je l’avais déjà souligné, le sumo regorge de subtilités qui n’apparaissent pas à première vue avec les yeux d’un amateur. Mais même sans cet œil averti, j’ai pu apprécier la puissance et l’incroyable rapidité de certains combats. A refaire !

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Commentaires sur: "Sumo" (4)

  1. eh be ! on en apprend des choses.
    Par contre, je ne sais pas si le fait d’apprendre le japonais est en rapport avec les quelques fautes de frappe qu’on peut apercevoir dans les derniers articles, mais cela choque un peu l’oeil (« après mettre fait » au lieu de « après m’être fait », « celon » au lieu de « selon », etc.)
    J’ai eu l’occasion de voir un combat de lutteurs sumo à l’époque à la TV via les satellites : c’était déjà impressionnant ! Je ne sais pas si j’aurais l’occasion d’en voir un de visu
    Le japon regorge plein de curiosités. Hâte de lire tes prochaines chroniques pour en apprendre encore plus sur ce pays via ton regard d’homme de l’ouest ;)

  2. Eusebe a dit:

    Très intéressant !
    Tu dis que certains lutteurs ont des prédispositions, mais à partir de quel âge sont ils entrainés à être des sumos ?
    En gros (c’est le cas de le dire), est-ce que les parents choisissent pour leur enfant son avenir et donc son physique… ?

  3. Oulala, oui, désolé pour ces fautes. :-/ Elles sont corrigées, mais je suis sûr qu’il en reste des vivaces par-ci par-là.

    C’est pas la première fois que l’on me fait remarquer de nombreuses fautes grossières sur le blog. Pour ma petite, menue défense, je rédige souvent mes articles dans un état de fatigue avancé qui fait que j’ai la méga-flemme de me relire. Je sais, je devrais…

    Sinon pour revenir sur le fond du sujet, oui, il y a plein de chose à venir découvrir ici au Japon ! Vous savez ce qu’ils vous reste à faire. ;-p

    @Eusebe : En lisant en diagonale le cursus de certains lutteurs de sumo, j’ai remarqué que pas mal avait commencé dès tout petit du judo et/ou du karate. Que certains parents poussent dans cette direction, ça doit se voir en effet. Mais je pense que l’inverse doit être plus fréquent : l’entrainement des jeunes lutteurs est vraiment très très difficile, et seule une poignée d’entre eux arriveront à un top niveau. Les parents ont bien conscience qu’il s’agit d’un choix de carrière très risqué, un peu comme si tu misais sur une carrière de footballeur pour ton gosse…

    Mais quand je parlais de prédispositions, je voulais plutôt dire au niveau physique justement, comme par exemple Kaio qui était un morceau de plus de 7kg à la naissance (je plains la mère au passage, surtout qu’en toute probabilité elle doit être d’un gabarit poids-plume comme beaucoup de Japonaises).

  4. Eusebe a dit:

    @Flo: oui, j’avais bien compris les prédispositions physiques. Mais je me demandais aussi si, comme dans pas mal de sports en France (et ailleurs), les parents poussent un peu leurs enfants à pratiquer le sport qu’ils aiment ou qu’ils auraient aimé pratiquer enfant. On retrouve notamment beaucoup de joueurs de tennis dans ce cas.
    Mais si dans le cas du tennis ou du foot ça a une moindre conséquence puisque ça te permet quand même de te forger une bonne condition physique, au sumo tu changes de façon assez irréversible ton physique.
    Si tes parents t’y poussent, j’imagine que tu dois pouvoir nourrir quelques sévères griefs contre tes parents…

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