ou la vie quotidienne d'un chercheur à Tokyo

Pensées

Après m’être fait éclater la lèvre supérieure au karate hier soir ; après m’être fait arracher quelques bouts de peau de ma main gauche car j’ai oublié de mettre des gants de protection au practice de baseball tout à l’heure (note pour plus tard : devenir moins con) ; je vais écrire et décrire nos journées au tournoi de sumo et au théâtre noh. Mais avant, j’ai envie de déballer quelques unes de mes pensées du moment.

En ce moment, je réfléchis beaucoup. Je veux dire, plus que d’habitude. Sur mes deux ans en post-doc ici. Sur l’après post-doc. Sous plusieurs angles différents, notamment sous un angle professionnel. Je me lance dans un domaine tout nouveau pour moi, l’IA (l’intelligence artificielle). Je l’aborde avec enthousiasme, j’arrive avec quelques idées personnelles, et surtout avec des yeux neufs, n’ayant jamais été formé à travailler là dedans. J’ai conscience de mon cas : je n’ai pas été formaté aux idées et méthodes actuelles des chercheurs en IA, mais j’ai tout de même un peu de recul par rapport à le recherche et à son univers, chose qu’un jeune doctorant commençant sa thèse n’a pas. Il est donc tentant pour moi de vouloir me lancer dans des directions ayant un grand potentiel novateur mais jugées « dangereuses » car s’annonçant être de la recherche à très long terme et dans l’inconnu le plus total. Ce n’est toute fois pas la meilleure idée de se lancer à corps perdu dans de telles directions car un post-doc est le moment de montrer que l’on est capable d’obtenir de « bonnes » publications rapidement, quitte à taper dans le réchauffé et à faire plus de la soupe que de la Science. Le système de recrutement s’est perverti en ne prenant plus compte qu’une productivité qui n’est possible qu’avec de la recherche à court terme. Et je ne parle même pas des recrutements biaisés par le piston. Mais heureusement les mathématiques et l’informatique sont assez épargnés de ce fléau.

Alors que faire ? Se montrer sage pendant mes années de post-doc, montrer que moi aussi je peux faire de la soupe aussi bien que les autres, et si j’ai la chance d’être recruté CNRS commencer à faire de la vraie recherche (car les jeunes maîtres de conférence n’ont pas le temps de vraiment faire de la recherche ; on ne leur en donne pas les moyens en France pour cela) ? Ben ouais, y’a pas vraiment d’autres alternatives…

J’ai dernièrement eu un bref échange d’email avec l’un des grands ponte français de l’IA, et ce dernier est bien pessimiste. Il pense que de réels résultats en IA sont possibles, mais que l’on ne s’en donne pas les moyens (ni financier, ni en organisation), que cela devrait requérir une vraie communauté travaillant dessus avec aucun espoir d’avoir des résultats concrets durant les premières décennies. Mais cela n’est en phase ni avec la structuration de la recherche aujourd’hui ni avec la volonté politique actuelle. Selon lui, la réelle IA est possible, mais on ne la verra jamais…

Bon allez, maintenant j’arrête de me lamenter et j’attaque les articles promis qui seront publiés d’ici quelques jours !

PS : c’était le 50ème article.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :