ou la vie quotidienne d'un chercheur à Tokyo

Depuis début mai et jusqu’à fin juillet, je me tape 6h40 de cours de japonais par semaine, gratuitement accessible aux étudiants et chercheurs de Todai ainsi qu’à leur compagne/compagnon.

L’ambiance est sympa tout en restant sérieuse et surtout studieuse : interros « surprises » très régulières, examens d’entrée, de milieu de parcours et final, bref on doit marcher un peu au pas et ça fait tout drôle de revenir à ce système estudiantin que j’avais laissé derrière moi depuis… offf… un bon moment.

Mais ça porte ses fruits. C’est efficace, on apprends vite et pas mal de chose. L’accent est clairement mis sur la pratique orale en nous faisant participer plusieurs fois par séances à des « role plays », des mini-mises en scène théâtrales où l’on doit se mettre dans la situation d’un client demandant des renseignements, ou en parlant de sa famille, de son arrivée au Japon, etc.

Ces cours existent à 6 niveaux différents, et étant arrivé au Japon quasiment débutant j’ai pris le niveau le moins élevé (ça s’est révélé être un choix judicieux ; je n’aurai pas tenu dans le niveau 2). Il y a deux sessions de cours par ans, les cours d’été (maintenant) et d’hiver (novembre – février). Comme je reste ici encore deux ans et quelques, j’ose pouvoir espérer atteindre le niveau 5 avant de repartir, et ça serait déjà très bien !

L’un des quatre cours hebdomadaires est consacré à l’étude des kanji. Vous savez, ces idéogrammes chinois repris par les Japonais au Vème siècle et qui sont particulièrement difficiles à étudier, y compris pour les Japonais eux-même. Difficiles certes, mais indispensables pour lire quoi que ce soit, puisqu’omniprésent. Ils ont le mérite de donner une origine, un sens à certains mots japonais, et c’est là que l’on aperçoit le côté poétique de cette langue. En voici quelques exemples.

Téléphone se dit littéralement « parole électrique ».

Feux d’artifice : fleurs de feu.

Professeur : celui qui a vécu.

Étudiant : celui qui apprend la vie.

Musique : sons agréables.

Temps (climat) : esprit / air du ciel.

Religion : étude / enseignement de la logique du ciel.

Annuler : s’arrêter au milieu.

Automne : épis de blé en feu (car le blé tourne au rouge en automne).

Tristesse : automne dans le cœur (donc au complet : épis de blé en feu dans le cœur).

Il y en a certainement une multitude d’autres ; il ne me reste qu’à les apprendre au fur et à mesure…

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Commentaires sur: "Lost in traduction des kanjis" (7)

  1. Eusebe a dit:

    En effet, ça sonne très bien ! Mais je me demande si pour eux ça rend aussi poétique, ou si ça l’est pour nous parce qu’on a un autre mot en français…

  2. 利リー a dit:

    Salut, si cela te fascine, chaque kanji a sa propre histoire et une interprétation (ça me rappelle mon premier exposé en cours de japonais). C’est super imagé (je te conseille un livre Remembering the kanji de J. Heisig, pas toujours correct mais une aide précieuse).
    « C’est trop bien, ils sont trop forts ces Japonais ! » « Ah ben, c’est Made in China (comme de très nombreux produits de chez la Pomme) ! »
    Imagine un lever de soleil à la plage : 光 (lumière)
    Une femme 女 et son enfant 子 : 好 (aimer)
    Ce ne sont pas les exenples qui manquent …
    Si tu as l’occasion découvrir un peu de 書道 (shodou), la calligraphie japonaise/chinoise, n’hésite pas, c’est un pur régal !

  3. Eusebe a dit:

    Question bête: à quoi ressemble un clavier japonais ou chinois ? Et comment ça fonctionne ?

  4. 利リー a dit:

    Le clavier japonais usuel est un qwerty, on écrit la prononciation en romaji, le logiciel de saisie te propose des écritures possibles et tu choisis la bonne.
    Il est possible que chaque touche corresponde à une syllabe et même traitement derrière. C’est ce qui se passe pour les keitai (téléphones portables), chaque numéro correspond à une consonne (•/k/s/t/n/h/m/y/r/w+n’) et suivant le nombre de fois où tu appuies, tu changes la voyelle (a/i/u/e/o).
    En pratique, je ne pense pas que la machine à écrire soit très adaptée …
    Après il doit sûrement y avoir une méthode d’écriture par clé, mais c’est super compliqué !

  5. Pour répondre à la première question d’Eusebe : il faut comprendre que je traduit ici le sens « graphique » des kanji, ces idéogrammes venant de Chine. Si je prend l’exemple de la tristesse, le kanji est composé de trois parties : blé, feu et cœur. Mais il s’agit d’un mot à part entière, avec sa prononciation à l’orale qui est totalement différente des mots « blé », « feu » et « cœur » en japonais. Un Japonais qui prononce le mot « tristesse » ne prononce pas les mots « blé en feu dans le cœur ». Du coup quand je disais qu’il y avait un côté poétique dans la langue, c’était un raccourci. Il s’agit plutôt d’un côté poétique dans l’origine des mots. L’étymologie en somme.

  6. Le mieux, c’est d’avoir ça en image :
    Blé : 禾
    Feu : 火
    Cœur : 心
    Tristesse : 愁

  7. Eusebe a dit:

    Haa !! Ooooooh !!! :-)
    Je comprends. Excellent, en effet !

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